Association  BPSGM          Les Basses Pyrénées dans la seconde guerre mondiale         64000 Pau

LAULHE Benoit. Résistances C.F.P. 59: LE PROJET “MAQUIS BÉARN” ET LE “PLAN KOENIG”.

LE MAQUIS BÉARN ET LE PLAN KOENIG, DES PROJETS FINALEMENT ABANDONNÉS.

Benoit LAULHE – La Résistance dans les Basses-Pyrénées – Master U.P.P.A. – 2001 –

Fiche n°59.

 

LE MAQUIS BÉARN ET LE PLAN KOENIG, DES PROJETS FINALEMENT ABANDONNÉS.

          En juin 1944, le général Koenig, désirant immobiliser un maximum de forces ennemies, organise dans les Pyrénées deux réduits regroupant les troupes du Corps Franc Pommiès.

Chargé d’assurer le commandement du plus occidental de ces points retranchés, le « maquis Béarn »1, Pommiès prépare avec l’aide de ses adjoints le rassemblement d’une partie de ses hommes dans les zones boisées du piémont béarnais, suivant les directives du « Plan K »2.

Redoutant des opérations de contre-guérilla allemandes, très lourdes après le déclenchement des campagnes de harcèlement généralisées du Corps franc Pommiès, et souhaitant immobiliser un maximum de troupes ennemies loin du front de Normandie, le général Koenig et son état-major élaborent en juin 1944, depuis le Royaume Uni, un plan visant à créer dans les régions compartimentées, d’accès difficile et avec de nombreux couverts naturels des Pyrénées, des « poches » de rassemblement et de refuge pour les forces de la Résistance, au cas où leur survie, du fait des pressions ennemies, ne serait plus assurée. Baptisé « plan K » ou « plan Koenig », ce projet vise donc à créer deux réduits, «le maquis Béarn» et le «maquis Gascogne», où peuvent être regroupés les volontaires de la région 4, c’est à dire de Haute-Garonne, du Tarn-et-Garonne, du Tarn, du Lot, du Gers et d’une partie des Basses-Pyrénées et des Landes.

 

Le « maquis de Béarn » est délimité, selon les consignes de Londres et les avis des agents de l’armée de l’ombre, entre la route de Sauveterre-de-Béarn, St-Palais,  Saint-Jean- Pied-de-Port, et la vallée de Luchon dans les Hautes Pyrénées. Placé sous les ordres du commandant Pommiès, il est censé rassembler et centraliser dans un espace fortifié, l’essentiel des forces et des cadres du C.F.P. Toutefois, avec la proximité du déclenchement des opérations, ce dernier se voit dans l’obligation de déléguer son autorité à trois inspecteurs : Rougemont pour le Sud-Ouest et l’Ouest, Ginestet pour le centre et le Sud-Est, Le Magny pour le Nord-Ouest et le Nord-Est.

Ces zones et ces responsabilités arrêtées, les plans initiaux prévoient qu’à J+2 après le début des opérations, une puissante guérilla généralisée harcèle et mobilise l’ennemi durant 15 jours. Faisant ainsi diversion, ces combats sporadiques doivent faciliter l’étape suivante qui consiste à regrouper les forces clandestines entre la frontière espagnole et la limite Ouest de la région 4, tout en concentrant le plus rapidement possible un maximum d’éléments mobiles dans le « maquis Béarn ».

Dans un premier temps et sur le terrain, le commandant Rougemont, « chef de la zone pyrénéenne », reçoit pour mission d’effectuer des reconnaissances dans les parties montagneuses du Béarn et de Soûle. S’entourant d’un groupe de commandement léger et spécialisé dans les différentes tâches du futur maquis (au rang desquels figurent MM. Plaud (Henri), Diego-Carrera (Malbec), Gray et Ramin…), cet officier installe son PC à Tarbes où les moyens de communication et les sources de renseignements sont nombreux.

Conformément aux ordres et au plan, le 23 juin 1944 la région est en mesure d’accueillir l’ensemble du Corps-Franc. Pourtant, si cette opération semble être bien préparée et solide, le chef Pommiès reste très critique et sceptique à son égard. En effet, selon lui, il est impossible de faire survivre une troupe si importante dans une région montagneuse hostile, avec de faibles réserves en nourriture et en munitions, avec la menace constante d’attaques aériennes et terrestres ennemies. Le futur lui donne en effet raison, fin juillet 44, le même type de plan appliqué dans le Vercors échouant pour ces mêmes raisons et aboutissant à un véritable  carnage.

 

Finalement, l’offensive allemande en plaine tant redoutée n’a pas lieu et la progression alliée est rapide. Le « plan K » est donc abandonné le 26 juillet 1944 sans avoir véritablement existé, par ordre de l’état-major du général Koenig qui donne au Corps franc Pommiès de nouvelles instructions et de nouvelles priorités. Ce projet de « maquis Béarn » et de « plan Koenig » est donc en dernier lieu resté sur les cartes des stratèges.

Projet démesuré ou en décalage avec la réalité du terrain, il aurait pourtant pu donner au Béarn un rôle militaire et une importance stratégique conséquents, avec toutefois les nombreuses contraintes (notamment pour les civils) liées à ce genre de situation. Le Vercors et les Glières avaient révélé, en effet, tous les dangers d’une telle enclave résistante dans un pays occupé.

 

1 Ceroni M. Le Corps Franc Pommiès, Toulouse, éditions du Grand Rrond, 198, 750 p.

Idem

 

 

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